Dépendance : le rapport Libault serait-il déjà enterré ?

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Même s'il a été accueilli avec prudence, tant un rapport ne fait pas une politique, le rapport Libault marquait la reconnaissance d'un besoin massif d'adaptation en faveur des personnes âgées dépendantes, et ouvrait de multiples pistes de solution.

Lors de la remise du rapport LIBAULT le 28 mars 2019, Madame Agnès BUZYN, ministre des solidarités déclarait :  "je ressens personnellement l’urgence qu’il y a à répondre à la détresse de ceux qui perdent leur autonomie et aux inquiétudes de leurs proches". Elle annonçait donc une "couverture publique du risque de dépendance lié au grand âge financée par la solidarité nationale" seule à même de réaliser à la fois l'augmentation des effectifs et la baisse du reste à charge. Sans attendre, l'intention était affichée d'avoir un impact dès 2019, en particulier sur l’attractivité des métiers du grand âge. 

Le Président de la République lui-même, dans son intervention du 25 avril, y est revenu à plusieurs reprises, évoquant l'angoisse des retraités modestes "de devoir subvenir aux besoins de leurs propres aînés qui vivent encore et sont en dépendance et qui voient devant eux ce que va coûter la maison de retraite, l’EHPAD, entre 1800 et 2000 euros par mois là où leur retraite est à 1300 euros, et qu’ils ont travaillé toute leur vie".

Aussitôt dit, nous apprenons, à la sortie d'un séminaire gouvernemental, que le sujet urgent sera différé. Et surtout il y a cette incroyable cacophonie sur le financement assortie d'une confusion entretenue retraite / dépendance.

Certes, pour un besoin évalué à plus de 9 Mds d'euros d'ici 2030, la mission Libault n'avait pas trouvé la martingale financière. En tous cas, la proposition de recycler la CRDS en cotisation dépendance après 2024 a été approuvée par Force ouvrière, restait à concevoir la jointure car l'urgence ce n'est pas 2025.

En à peine 10 jours, tout cela tourne à la confusion : il n'est plus question que de travailler plus longtemps, de perdre des jours de congés, de reculer les âges de départ !

Les comptes de la protection sociale sont en bonne voie de redressement, nous sommes bien placés pour le savoir dans les établissements qui subissent depuis plusieurs années les contraintes du retour à l'équilibre. Si l'on ne replonge pas dans la facilité des exonérations de charges non compensées, il y a donc moyen de travailler sérieusement.

Donc le CHFO avec la Fédération FO Santé a demandé instamment  par une lettre adressée à Mme la Ministre de la Santé et M le Premier Ministre que l'on revienne au sujet : la dépendance, le plan pour l'attractivité des métiers dès 2019, la programmation des hausses d'effectifs et le programme de modernisation des EHPAD.

Cela fait sens et ferait suite au rapport Libault. Mais ce serait également une prolongation indispensable au signal très fort envoyé par non seulement la profession mais l’ensemble du secteur médico-social lors de la mobilisation sans précédent de janvier 2018.

Ce n’est pas en brouillant les cartes et en mélangeant les problématiques qu’une solution pérenne et digne sera trouvée Les difficultés sont telles – en intensité et en diversité : taux d’encadrement, attractivité des métiers, investissement, mais aussi reste à charge … - qu’un épisode dilatoire supplémentaire serait insupportable aussi bien aux professionnels qu’aux résidents et leurs familles.