CAPN DH du 21 avril 2020 : une séance exceptionnelle

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La CAPN des Directeurs d'Hôpital se réunit aujourd'hui à la date programmée, mais il s'agit d'une séance exceptionnelle du fait du contexte : malgré les contraintes de la réunion dématérialisée, les circonstances exigent d'accorder tout son prix à ce temps de dialogue entre l'administration et les représentants des directeurs.

Le CHFO dans sa déclaration liminaire souligne trois nécessités du moment pour les cadres de direction et l'ensemble des cadres hospitaliers : protection, reconnaissance et garantie de concertation pour demain.
Nous vous communiquerons dans un second temps les résultats de la CAPN, qui examine en particulier des tableaux d'avancement et des titularisations.

DECLARATION LIMINAIRE DES REPRESENTANTS ELUS DU CHFO

 

Madame la Présidente,
Madame la Directrice Générale,
Mesdames et Messieurs,
Chers collègues,

 

Les cadres de direction de la Fonction publique hospitalière savent gré aux équipes du CNG de prendre leur part dans cette crise sanitaire en assurant la continuité de ses missions malgré les contraintes du confinement.

Cet épisode doit être l’occasion d’accélérer la modernisation des outils de notre Centre de gestion, sans attendre que cela se reproduise.

L’ordre du jour de cette commission administrative est limité par les contraintes de son organisation. Il l’est aussi du fait d’une réforme de la fonction publique dont le caractère néfaste se confirme chaque jour. Nous restons sans réponse à notre interpellation auprès du secrétaire d’Etat chargé de la fonction publique, pour qu’il nous évite une régression supplémentaire. Sachez que si nous sommes aujourd’hui pleinement engagés dans nos missions, nous ne l’oublions pas et ne laisserons plus passer un signal supplémentaire de de mépris ni même d’indifférence.

Dans la circonstance de ce mois d’avril 2020, nous voulons exprimer trois devoirs que s’assigne le CHFO :

  • Assurer la protection des cadres de direction
  • Obtenir la reconnaissance des cadres de direction
  • Garantir la concertation sur le nouveau modèle indispensable

Assurer la protection des cadres de direction

Protéger, c’est la mission première de tout syndicat. Tout au long de la crise, Force Ouvrière a mis la priorité absolue sur la protection de la santé des salariés. Aucune discussion de prime ou indemnisation ne doit se faire au détriment de la sécurité.

Protéger, c’est ce que nous avons fait en demandant d’accélérer la mise en place du soutien psychologique aux cadres ; c’est ce que nous avons fait en demandant l’octroi systématique de la protection fonctionnelle en cas de mise en cause dans la gestion de la crise.

Aujourd’hui, nous voyons que la crise va être durable pour les établissements de santé et médicosociaux, avec la nécessité de répondre aux différents besoins de santé, en cohabitation avec le COVID, et sous la menace d’une résurgence. Les équipes sont fatiguées, le recours à la réserve et aux renforts est plus que jamais de mise, pour assurer des relais et tenir ; pour les équipes de direction, il ne doit pas y avoir de tabou, 8 semaines de Plan Blanc cela ne peut se prolonger sans souffler, les ARS doivent signifier explicitement aux directeurs qu’ils peuvent organiser des relais pour faire pause !

Obtenir la reconnaissance des cadres de direction

« L’hôpital tient », ce sont les termes du Premier ministre la semaine passée. Nous avons la faiblesse de penser que l’engagement intégral des équipes de direction est reconnu comme décisif dans ce résultat, et ce par l’ensemble de la communauté hospitalière.

Quand le même Premier ministre affirme « Nous savons tous au fond de nous ce que nous leur devons », permettez-nous d’exprimer que pour inspirer confiance, il faut donner des preuves, et que ce ne fut pas le cas dans les actes du gouvernement et de l’administration sur les mois qui ont précédé la crise.

L’annonce de primes n’est pas la panacée, nous venons de le dire, et nous l’avions déjà dit au mois de novembre. Elle représente cette fois un signal de la reconnaissance de la Nation, et en ce sens sa mise en œuvre ne doit surtout pas diviser les acteurs de l’hôpital ; nous demandons que le dispositif soit le plus unitaire possible, à une heure où nous sommes encore loin d’être sortis des difficultés.

La reconnaissance doit être pérenne, c’est ce que nous avons entendu ; elle doit être globale et c’est ce que nous demandons à voir. Combien de questions posées par nous n’ont pas reçu le moindre début de réponse jusqu’au mois de février, sur les emplois sur les carrières, sur la gouvernance ou sur les ressources ? Nous ne les passerons pas par pertes et profits demain.

Garantir la concertation sur le nouveau modèle indispensable

Même si la sortie du tunnel est encore lointaine, ce qui nous fait tenir c’est l’espoir de sortir grandis de cette crise et la conviction que les secteurs sanitaire et médico-social, et leurs professionnels dont nous sommes, seront à l’avenir considérés différemment par les pouvoirs publics.

« Se relever après, non pas retourner à l’ancienne manière de vivre », la philosophe Cynthia FLEURY a bien résumé notre état d’esprit.

On dit que l’heure n’est plus à dénoncer. Nous l’avons fait quand il était temps, sans craindre d’être catalogués dans les antimodernes ! Au fil du temps notre devise « Pour un service public plus fort » est devenue un acte de résistance, tant le service public a été méthodiquement affaibli, même si, dans nos actions du quotidien nous faisons tout pour préserver les nécessaires progrès à venir.

L’affaiblissement n’a pas seulement touché les établissements de santé, sociaux ou médicosociaux. C’est aussi un Etat paupérisé qui révèle ses faiblesses dans cette crise. Les DRASS et DDASS ne sont plus qu’un lointain souvenir, le pilotage ARS Préfet est un équilibre fragile homme-dépendant. Des établissements se voient transférer tantôt des missions régaliennes, tantôt des missions de type SERNAM ou ADECCO.

D’ores et déjà nous identifions plusieurs enjeux pour demain :

  • D’abord, La nécessité d’organiser les missions de santé publique et de prévention des établissements de santé et médico-sociaux dans les territoires, leur contribution à la veille épidémiologique et l’association de tous à l’effort de recherche.
  • Ensuite, le devoir de concevoir un immense travail d’éducation populaire qui nous permette à l’avenir de gérer les crises dans le respect des libertés. Assimiler préservation de la santé et privation de liberté n’est pas tenable dans la durée.
  • Et aussi, le besoin d’une définition durable des rôles dans la gestion de crise, à travers les instruments nationaux d’une part mais aussi leur déclinaison dans les territoires qui ne laisse pas seuls, comme cette fois les EHPAD et établissements pour handicapés.

Il n’est pas le temps ni le lieu d’exprimer l’ensemble de nos propositions, mais nous demandons de garantir la concertation sur le nouveau modèle indispensable.

Nous réitérons donc notre appel à ce que la méthode change.

En ce sens l’annonce, dimanche pour le lendemain, de la réouverture des EHPAD et des établissements pour handicapés aux visites des familles ne répond pas à cette attente de concertation.

Nous partageons le souci humaniste de rétablir rapidement un droit essentiel des personnes, un droit qui fait ce que vaut la vie. Mais on sous-estime le désarroi des équipes face à cette annonce. Comment concevoir qu’il faut d’une part un mois pour préparer le déconfinement dans tous les compartiments de la société, et qu’on pourrait d’autre part le mettre en œuvre en 24H dans nos établissements ?

Même, et surtout en situation de crise, la concertation est nécessaire, et elle reste possible, nous avons pour cela des organisations syndicales et des instances qui assurent la continuité. Si l’hôpital a fait ses preuves, ses acteurs ne peuvent être traités comme étant en situation de minorité civique, ils n’acceptent plus et n’accepteront pas demain qu’on dise à leur place ce qui est bon pour eux.

Dans cette attente, faisons-en sorte de prendre soin de chacun et que chacun puisse prendre soin de lui pour continuer collectivement à prendre soin des autres !

FLORENCE BILLAULT

HELENE THALMANN