En cette rentrée de septembre 2026, le corps des Directeurs des Soins n’a plus seulement le souffle court mais se trouve majoritairement à bout de souffle Après un été de tensions dans les établissements de santé marqué par des fermetures et des transferts de lits, des urgences saturées et des rappels incessants de personnels , ce sont une fois de plus les Directeurs des Soins, qu’ils soient en gestion hospitalière ou en direction d’instituts de formation, qui ont porté à bout de bras la continuité du service public de santé et la mise en place de la réforme des études en soins infirmiers. Le CHFO tient à le réaffirmer ici: si certains pensent encore que «nul n’est indispensable», le rôle assumé par les directeurs des soins demeure en tous points essentiel pour «faire tenir» l’édifice hospitalier et son devenir. Pas de « nouvelle vague » statutaire pour des DS « à bout de souffle »Pourtant, ces responsabilités hospitalières mais aussi pédagogiques, s’exercent aujourd’hui dans des conditions inadmissibles marquées par un contexte de mépris caractérisé et un aveuglement de nos autorités ministérielles qui est inacceptable. Que nos collègues exercent à l’hôpital ou en instituts de formation, l’extension des périmètres de responsabilité est aujourd’hui la norme tant au plan territorial que sur le contenu des missions confiées Au sein des établissements et des GHT, le DS est devenu le chef d’orchestre de la ressource soignante et de la sécurité des prises en charge. Cet été l’a encore prouvé : face aux pénuries médicales et paramédicales, ce sont notamment les DS qui ont été en 1ère ligne et ont dû adapter les capacitaires, organiser les suppléances, gérer les crises sécuritaires dans les services et maintenir la cohésion des équipes. Cette charge s’est considérablement alourdie avec d’une part, la généralisation des exercices multisites due notamment à la démultiplication des directions communes et d’autre part, l’attribution de directions fonctionnelles transversales (Qualité, Gestion des risques, Patient, RH) en sus des missions traditionnelles de direction des soins. Des exercices XXL aux conséquences délétèresA force de contraindre les directeurs des soins « à faire le grand écart », leur exercice pousse de plus en plus d’entre eux à se tourner vers d’autres horizons professionnels. C’est d’ailleurs peut-être le but recherché par les pouvoirs publics malgré des discours lénifiants tenus par les mêmes à certains des représentants des associations professionnelles… Si la prose estivale de notre Ministère et notamment la circulaire ministérielle du 29 juillet relative aux GHT a déjà suscité l’émotion parmi nos collègues des équipes de direction et notamment des chefs d’établissement , elle n’est pas passée inaperçue non plus auprès des directeurs de soins. Sans avoir l’esprit mal placé , on ne peut que légitimement s’interroger sur les intentions réelles de notre Ministère quant à la nécessité de mieux reconnaître notre corps au plan statutaire pour enrayer son érosion massive. Du « point trop n’en faut » en guise de reconnaissance ?Car nul besoin d’être « grand clerc » pour voir dans ce mouvement d’hyper concentration les impacts possibles sur les directeurs des soins en termes de démographie : car avec plus de 600 DS en poste pour 136 GHT, certains pourraient assez aisément conclure que c’est peut-être un peu trop… Et pourtant, la circulaire sur le « nouvel élan » des GHT réorganise en profondeur le travail de 80 % des personnels de l’hôpital en exigeant la création d’« Équipes Soignantes Territoriales », l’harmonisation des maquettes organisationnelles et la fluidification des parcours de stage. Mais qui va concrètement opérationnaliser la mobilité soignante inter-sites ? Qui va gérer les pools de remplacement territoriaux et arbitrer les conflits de culture d’établissement ? Qui va réorganiser les terrains de stage à l’échelle de tout un département ? Ce sont les Directeurs des Soins ! Et pourtant, la circulaire ne contient pas un mot, pas une ligne sur la Direction des Soins. Elle renforce la gouvernance du Directeur Général et des médecins, mais laisse le DS assumer la charge d’exécutant en chef de la restructuration territoriale, sans la moindre définition de poste, sans emploi fonctionnel de Coordonnateur Général de GHT, et sans la protection d’un statut adapté. On exige de nous le travail d’un haut fonctionnaire de territoire, mais on nous refuse les attributs et la reconnaissance statutaire qui vont avec ! « Couteaux suisses » sont encore et de plus en plus les directeurs des soins si l’on en juge par le nombre de celles et ceux qui assument aujourd’hui la responsabilité de domaines fonctionnels antérieurement confiées à des DH ou D3S adjoints. En atteste le nombre de postes publiés à leur intention qui en sus des missions de coordination générale des soins proposent que leur soient également adjoint la gestion de la qualité, la direction des usagers, voire des ressources humaines ou la responsabilité de sites. A l’ère du développement durable, on ne peut s’étonner de l’éventuel développement de processus de recyclage, mais ici ils ne s’accompagnent d’aucun signe de valorisation , même le plus infime ! Des DS en instituts « sous le joug « Les DS en Institut de formation ne sont pas davantage considéré(e)s . En première ligne pour soutenir l’indispensable effort démographique à consentir pour permettre que perdurent et se développent les professions du soin, les DS directeurs d’instituts et coordinateurs portent la responsabilité d’un maillon vital pour l’avenir de notre système de soins. Or pour les y encourager, ils se doivent aujourd’hui d’affronter une pression d’ingénierie pédagogique hors norme. Alors que la réforme des études infirmières entre dans sa phase critique, les instituts sont sommés d’absorber toutes les contraintes liées à une universitarisation qui démultiplie un travail colossal d’ingénierie pédagogique sur chaque bassin universitaire. La liberté et l’autonomie annoncées pour les instituts sont un leurre ! Elles demandent à chaque groupement d’instituts d’envisager le déploiement d’un référentiel sans assistance méthodologique, avec des recommandations floues et trop tardives de la DGOS, et sans aucune aide en ressources humaines. Parallèlement, dans cette universitarisation, les DS doivent souvent engager un bras de fer pour préserver leur ancrage hospitalier et leur autonomie pédagogique face aux appétits d’annexion universitaires. Quels que soient leurs domaines d’exercice, les DS partagent donc un même constat : une surcharge d’activité très significative, une polyvalence imposée non reconnue et la responsabilité juridique et managériale de structures complexes. Le tout sans la moindre amorce de discussions sur les leviers statutaires d’un niveau A+ rénové, ni même l’ouverture de discussions légitimes sur l’extension promise du nouveau régime indemnitaire du RIFSEEP. Mettre fin au mépris statutaire et au blocage indiciaireAutant dire qu’il est plus que temps de mettre fin au mépris statutaire et au blocage indiciaire qui caractérisent le sort réservé à notre corps Pendant que le Ministère et le CNG déroulent la réforme des Directeurs d’Hôpital (DH) et la refonte des Lignes Directrices de Gestion (LDG) dont certaines concernent pourtant les 3 corps de direction, la filière des Directeurs des Soins est tenue à l’écart, renvoyée au statut de « sous-direction » ou de simple prolongement de la filière paramédicale. C’est une aberration juridique et managériale ! Le CHFO dénonce des LDG qui continuent à verrouiller les promotions et à ignorer la charge réelle du multisite, du cumul de directions (Soins + Qualité / RH / Risk Management) et du pilotage des instituts. L’absurdité de la grille statutaire actuelle perdure. Comment expliquer à nos collègues Cadres Supérieurs de Santé (CSS) que leur passage au corps des DS se traduira par un sacrifice financier et managérial ? Le télescopage indiciaire avec les CSS de classe exceptionnelle neutralise toute incitation à la promotion interne et explique très largement l’effondrement démographique du corps (-31 % d’effectifs en 12 ans). Il est intolérable pour les DS de culminer à un indice terminal HEA3 après avoir fait l’effort de présenter un concours, d’avoir suivi une scolarité d’un an et d’avoir effectué plusieurs mobilités alors même que pour la plupart, le même résultat pécuniaire aurait pu être atteint sans tous ces efforts en prolongeant une carrière de cadre supérieur de santé jusqu’à nomination en classe exceptionnelle A mêmes contraintes et sujétions, mêmes indemnitésQuant à l’application du RIFSEEP dans la Fonction Publique Hospitalière, il contribue pour l’heure à mettre à nu les iniquités de traitement réservées au corps des DS. Le CHFO exige l’alignement immédiat du régime indemnitaire des Directeurs des Soins sur les standards des corps de direction A+. Il est inadmissible que les primes de résultat (PFR/RIFSEEP) soient minorées ou remises à zéro en première année de fonction, punissant financièrement les cadres de santé qui font le choix de la promotion interne et de l’EHESP. Nous réclamons la refonte de notre grille indiciaire, la mise en place équitable du RIFSEEP, et une bonification spécifique pour le multisite (que cela soit en gestion ou en formation) Si l’Administration s’obstine à faire la sourde oreille, la réalité du terrain et la voix des employeurs nous donnent aujourd’hui raison. Le courrier adressé à la DGOS par la Conférence des Directeurs Généraux de CHU et l’Association des Directeurs d’Hôpital (ADH) marque un tournant historique : les employeurs eux-mêmes constatent l’obsolescence du statut des Directeurs des Soins et tirent la sonnette d’alarme. Ils reconnaissent que l’absence d’une structure statutaire rénovée et valorisante bloque les recrutements, fragilise la gouvernance des hôpitaux et menace l’organisation des instituts de formation. Monsieur le Président, pour enrayer l’effondrement démographique de notre corps (-31 % d’effectifs en 12 ans), les mesurettes ne suffiront plus. Le CHFO porte un projet clair, soutenu par l’ensemble du terrain : la refonte globale du statut dans la logique de la réforme de la Haute Fonction Publique , intégrant notamment la comparabilité avec les autres corps de direction de la FPH. Il faut décoller le régime indiciaire des DS de celui des CSS. Un directeur des soins n’est pas un cadre supérieur « + » de la fonction publique hospitalière : c’est un directeur ! Il faut une grille pensée en fonction des responsabilités réelles des DS, avec une vraie reconnaissance des postes fonctionnels et une reconfiguration de ces derniers, dont ni le nombre ni l’architecture ne correspondent aux réalités du terrain. Avec seulement 600 Directeurs des Soins en France, cette réforme représente un coût d’impact minime pour les finances publiques, mais un gain managérial et sécuritaire inestimable pour les hôpitaux et les instituts. Le CHFO ne laissera pas les Directeurs des Soins servir de variable d’ajustement des politiques de santé ou de caution managériale dans les Directoires. Nous attendons de cette instance des réponses concrètes et l’engagement ferme du Ministère d’ouvrir sans délai la refonte statutaire globale. |