Comité de sélection DH du 29 juin 2020 : la confiance demande des preuves

CAPDH
Publié le 29/06/2020Mis à jour le 29/06/2020
Le comité de sélection des Directeurs d'Hôpital est réuni ce lundi 29 juin pour examiner les candidatures aux emplois fonctionnels et aux emplois de chefs d'établissement. Alors que la concertation expresse du SEGUR de la Santé devrait s'achever à la fin de la semaine, le CHFO exprime les attentes de l'ensemble des cadres de direction des établissements, car il ne suffit plus de proclamer la confiance dans les directeurs, il faut la traduire dans les faits.

Trouvez ci-après la déclaration du CHFO lors de ce comité de sélection, ainsi que l'intervention faite pour les élèves EHESP en stage dans les établissements lors de la crise COVID

En fin de message, vous trouverez le lien vers le compte-rendu du Comité de sélection, il sera mis en ligne en fin de journée.

La déclaration liminaire du CHFO

"Madame la Directrice générale de l’organisation des soins,
Madame la Directrice générale du Centre national de gestion,
Mesdames et messieurs,
Chers Collègues,

« Il serait probablement insupportable que la crise que nous avons traversée ne soit pas l’occasion de changements radicaux ».

Ces propos sont ceux du Premier Ministre le 25 mai 2020.

Est-ce que le SEGUR de la santé donnera le signal de la fin des « malheurs de l’Hospi » ? Nous faisons tout pour qu’il en soit ainsi.

Pour notre part, la consultation des adhérents et les nombreux retours d’expérience des collègues nous ont conduits à identifier dès le mois de mai 8 défis majeurs pour l’après. Le CHFO apportait ainsi sa première contribution sur chacun des piliers annoncés du SEGUR.

Les ressources humaines

S’agissant des Ressources humaines, le CHFO a souligné avec sa fédération FO la nécessaire réponse globale à la crise d’attractivité, par la revalorisation des rémunérations indiciaires, et les perspectives de carrières, et ce dans l’ensemble des champs de la fonction publique hospitalière.

Le 2 juin, nous avons remis aux pilotes du Ségur nos 18 propositions pour les carrières et rémunérations des corps de direction.

Un sujet ne doit pas reste absent du débat engagé, il s’agit de celui de la démographie des professions : le déficit de professionnels qualifiés, médecins et paramédicaux ne sera pas entièrement résolu par des revalorisations, un effort massif de formation est nécessaire et donc un soutien d’ampleur aux facultés et instituts ; la situation actuelle aiguise les concurrences néfastes, la pénurie touche sévèrement les EHPAD et affaiblit le maillage en ville. Tout cela nuit aux capacités de réponse de l’Hôpital et rend assez vains les discours sur la gradation des soins.

La crise d’attractivité touche également les métiers de direction, les derniers chiffres d’inscriptions aux concours en attestent. Nos propositions visent à y remédier, il y a urgence, pour donner une perspective à nos jeunes collègues, et leur permettre un projet de carrière adapté aux nouvelles configurations sanitaires. Le bon fonctionnement des établissements et nos conditions de travail exigent qu’il soit mis fin à la réduction des effectifs et qu’un plan pluriannuel d’augmentation des promotions soit engagé.

Les maîtres mots des enseignements de la crise sont sans doute la proximité et l’opérationnalité ; il conviendrait de cesser de le proclamer en faisant le contraire, en réduisant les équipes et en éloignant sans cesse les centres de décisions.

Le lien entre ces questions de ressources humaines et le pilier Financement -Investissement du SEGUR se révèle évident.

Cet enjeu a été pour l’essentiel contourné dans les orientations de Ma Santé 2022, et l’annonce du maintien du cap n’a pas été pour nous rassurer.

Pour autant, si les mots ont un sens, le Président de la République annonçait le 25 mars à Mulhouse « un plan massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières pour notre hôpital ». Ces deux problématiques se révèlent des urgences aussi bien pour l’Hôpital que pour les EHPAD.

Il a fallu beaucoup d’insistance de notre part pour que la question de la construction de l’ONDAM soit mise à l’ordre du jour du Pilier 2. Une garantie est attendue, celle qu’à l’avenir la prise en compte sincère des coûts des activités soit le paramètre de base de cet ONDAM. C’est une politique de déflation non assumée qui a miné la qualité et le fonctionnement du collectif hospitalier, qu’il s’agisse de tarifs ou de dotations, l’effet était le même. Dans la crise, les professionnels du service public ont montré qu’ils ne rechignent pas à la tâche, alors il faut les croire quand ils disent que « nous sommes à l’os ».

Le rebond possible de la crise sanitaire est souvent évoqué ; nous assumons d’évoquer le rebond possible de la crise sociale, car, tous les collègues vous le diront, le seuil de tolérance s’est abaissé dans nos établissements, l’acceptabilité des situations a changé depuis la crise COVID.

La question de l’investissement est énorme, elle met en jeu nos capacités de réponse aux populations, l’avenir de nos outils de travail, tant à l’Hôpital que dans le médicosocial. Nous avons bien noté que la reprise de la dette jusqu’à 13,5Mds d’euros va être inscrite dans la loi en cours de discussion. Nous regrettons qu’elle soit portée par la dette sociale dont la charge pèsera essentiellement sur les salariés. Une fois encore notre actionnaire se défausse alors que les hôpitaux sont juridiquement des établissements publics de l’Etat.

De plus, la reprise de dette (dont les modalités sont encore attendues) ne suffira pas à rétablir un niveau d’investissement historiquement bas. Nous avons la faiblesse de croire que l’investissement en santé est attendu par la population, et donc disons le souhaitable et durable ; mais après 3 semaines de débat du SEGUR, nous ignorons encore ce que sera le niveau de ce plan. Cruel contraste en regard des annonces rapides faites pour d’autres secteurs économiques.

S’agissant des Piliers Simplification et Territoires, les maîtres mots se révèlent tout aussi clairement : proximité et opérationnalité.

A ce titre il est regrettable que le SEGUR soit passé trop rapidement sur les enseignements à tirer de la crise : les failles du pilotage du système de santé aux niveaux national et régional, reconnues par le Président de la République lui-même, sont écartées du programme de travail, de même que la question des gestions de crise pour l’avenir.

Cela ne saurait constituer une stratégie pour faire porter les critiques sur les gouvernances internes et sur les directions d’hôpitaux, qui ont tenu et répondu aux situations.

Or, on en revient à des postures et aux débats techniques sur la comitologie interne des établissements, alors que nous avons montré qu’à l’hôpital on savait serrer les coudes plutôt que de jouer des coudes. Pour que cela dure, il faut renforcer la construction des décisions par le terrain, il faut former au management, et cela à tous les étages du système, et puis fonder un système sur la confiance dans les directions. Après tout, si perte de confiance il y a, faut-il se tourner vers les directeurs et PCME, ou bien cette perte de confiance de la population porterait-elle sur d’autres institutions ?

Dans les territoires, certains prendraient prétexte de l’après-crise pour conclure à une amplification du caractère intégratif des GHT. Cherchez l’erreur !

Dans la crise nous avons autant d’exemples de GHT absents que de GHT pro actifs. Certes ils se sont vu confier des missions d’interventions de soutien et de logistique par des Agences non préparées, voire non conçues pour cela.

Mais pour les acteurs, c’est la proximité, le facteur humain et l’engagement dans le service public qui ont joué et ils ne verraient pas de logique à éloigner encore plus les décisions. Ce sont les coopérations de proximité avec les établissements médico-sociaux et les professionnels de Ville qu’il faut faire fructifier pour capitaliser les enseignements de la crise. Nous portons des propositions en ce sens.

Il s’agit aussi d’évoquer les questions de méthode dans ce contexte du SEGUR.

Conscients de l’enjeu, nous nous sommes organisés pour participer intensivement et positivement. Le CHFO a entendu la volonté d’aller vite, à l’aune de l’attente de décisions concrètes.

Mais la rapidité ne doit pas être un alibi pour éviter les sujets complexes qui devront être traités dans la durée, ou pour omettre les catégories cadres ingénieurs et directeurs qui sont pour la plupart des métiers en tension dans nos établissements.

La rapidité ne doit pas être un prétexte pour simplement recycler les choix antérieurs et prolonger les habitudes prises, ou pire, pour faire passer des mesures non souhaitées, comme de défaire le statut de l’Hôpital ou l’unité de la fonction publique hospitalière.

Depuis quelques années, l’Etat n’a de cesse de parler de dialogue social mais il a perdu toute habitude de négociation. A telle enseigne qu’il a fallu que les syndicats menacent de quitter le SEGUR pour que l’on sache quelle était la base de discussion après 3 semaines « d’écoute empathique »…Voilà où nous conduisent des années d’affaiblissement du pilotage du système de santé, en réalité téléguidé par la DGAFP et la DGFIP. Aurait-il plutôt fallu un Bercy de l’Hôpital, cela reste une interrogation à ce jour.

La réforme de la fonction publique a constitué l’archétype de cette stratégie du faux-semblant de dialogue social et de la concertation « cause toujours ». Or vous devez bien admettre que cette logique n’est pas effacée avec le décret emplois supérieurs. Le temps des bonnes paroles qui n’engagent que ceux qui les écoutent est passé. L’annonce de « Lignes Directrices de Gestion » bienveillantes ne nous suffit pas. Nous voulons des preuves, et ce n’est pas le Comité de sélection du 10 juin qui nous en a donné. Nous attendons mieux aujourd’hui.

Madame la directrice générale de l’organisation des soins,
Madame la directrice générale du CNG,

L’été qui s’annonce, pour beaucoup sera chaud, voire très chaud, à l’aune d’une gestion inextricable des 3C (entendez Covid, Canicule et Congés) il risque fort de ne pas voir s’abaisser la température dans nos hôpitaux !

Que notre bonne volonté dans le SEGUR de la Santé ne vous trompe pas, car si nous restons engagés, chez les directeurs aussi, le seuil de tolérance s’est singulièrement abaissé.

Les représentants CHFO au Comité de sélection DH
Didier HOELTGEN
Hélène THALMANN

Intervention en faveur des élèves directeurs et AAH :

Madame la Directrice générale de l’Offre de soins, en complément de cette déclaration, je souhaite intercéder auprès de vous en faveur de nos collègues élèves directeurs et attachés ; un grand nombre d’entre eux ont été, ou plutôt se sont mobilisés dans la gestion de la crise COVID. Or si les décrets « prime exceptionnelle » prennent en compte les stagiaires, ceux qui sont aujourd’hui rattachés à l’EHESP s’en trouvent techniquement exclus. Une solution via l’EHESP nous paraissant très hypothétique, nous vous demandons d’intervenir pour permettre que les établissements d’accueil indemnisent aussi ces stagiaires, et si possible sans que cela prenne deux mois de palabres. Il ne s’agit pas d’un enjeu financier, il s’agit d’un signal solidaire à ceux qui entrent dans la carrière. D’avance je vous en remercie.

Lien vers le compte-rendu de la séance