Remise du rapport de Myriam El Khomri : et donc ?

Publié le 30/10/2019Mis à jour le 05/11/2019
Beaucoup de professionnels et de représentants des personnes âgées n'en ont pas cru leurs oreilles le 29 octobre lors de l'accueil fait par la Ministre des solidarités et de la santé du rapport sur l'attractivité des métiers du Grand Âge. Madame BUZYN a acquiescé à l'urgence et annoncé une … grande conférence ! Pour le CHFO, ce n'est plus possible, professionnels et personnes âgées ne sont pas des figurants du film "Un jour sans fin". Tant mieux si tous les acteurs se mobilisent pour la future loi Grand Âge, mais déjà le 28 mars il était promis de ne pas attendre pour agir dès 2019. Le PLFSS 2020 est au Parlement, c'est le moment !

Politiques du Grand Age : arrêter de procrastiner !

Fallait-il y voir un signe annonciateur de la situation que connait aujourd’hui le secteur des personnes âgées dépendantes ?

Le programme du candidat Emmanuel MACRON ne comportait en effet aucune proposition directe pour l’amélioration de la prise en charge de nos ainés. Peut-être pensait-il alors que les plans qui se sont succédé depuis 2003 avaient porté leurs fruits et que les difficultés étaient désormais derrière nous. L’année 2018, qui a vu la mobilisation de nombreux acteurs du secteur, lui a rappelé qu’il n’en était rien.

Et depuis … des consultations, des rapports de mission, des feuilles de route … et toujours aucune action concrète ! Cela fait 15 ans que les rapports s’accumulent et que, face à l’étendue de la tâche, les gouvernements reculent !

Depuis la canicule de 2003 et son terrible bilan humain, tous les gouvernants ont eu à se pencher au chevet de la grande dépendance.

2003 avait révélé la solitude extrême de nombreuses personnes âgées à domicile et l’insuffisance de moyens des institutions.

La création d’une journée nationale de solidarité était censée répondre à ces manques.

Le plan de solidarité grand âge, le PSGA pour les initiés, prévoyait alors notamment de porter le ratio de personnel à la hauteur d’un agent par lit ou place à l’orée 2012. Il n’en a rien été. Une partie seulement des 2 milliards d’euros générés par cette journée de travail supplémentaire a été affectée au secteur du grand âge.

Et encore, convient-il de préciser que de vieilles pratiques ministérielles, présentées comme vertueuses mais en réalité contestables, en matière d’allocation des ressources ont très rapidement été mises en œuvre : gel d’une partie des crédits en début d’année, sous-utilisation chronique des crédits de l’ONDAM médico-social, reprises de provisions ou d’excédents présentées comme des mesures nouvelles …

A cela s’ajoutent des réformes de la tarification des EHPAD qui, sous couvert d’établir une équité entre les établissements, ont instauré des mécanismes de convergence des « moins pauvres » vers les « plus pauvres ». En réalité, l’objectif était surtout de contenir les dépenses de dépendance des Départements, en hausse continue et insuffisamment couvertes par les dotations de l’Etat.

 

En 2018, un mouvement social d’une ampleur remarquable a rappelé à chacun, et notamment à nos gouvernants, que le compte n’y était pas.

Fédérations d’établissements, usagers et personnels du secteur des personnes âgées se sont très largement mobilisés pour exiger la mise en œuvre d’un véritable plan Marshall. Dans un premier temps, le message semble avoir été entendu des plus hautes instances. Ainsi était annoncée une « grande loi » qui, enfin, allait permettre de pallier les insuffisances et manques de moyens. La mission « IBORRA », pour la partie diagnostique, et le rapport LIBAULT, pour les propositions d’amélioration, ont pu également conforter le secteur dans ce sens.

Puis a commencé le rétropédalage !

Agnès BUZYN annonce, lors d’un colloque sur les EHPAD, que la France n’a pas les moyens de financer le ratio d’un professionnel pour un résident. Edouard PHILIPPE n’évoque plus une « grande loi » mais des mesures significatives. Et le Gouvernement … confie une énième mission à Myriam EL KHOMRI sur l’attractivité des métiers du grand âge.

Et, dès la remise du rapport, qualifié de « feuille de route » par la Ministre de la Santé, précise la tenue prochaine d’une conférence avec tous les acteurs du secteur.

Madame la Ministre, Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Président, multiplier les concertations, les consultations et les missions, ne changera pas le constat établi par tous ceux qui se sont intéressés à la prise en charge de la dépendance dans notre pays.

Que ce soit à domicile ou en institutions, les moyens financiers et humains ne sont pas à la hauteur des besoins, loin de là.

L’amélioration nécessite impérativement d’augmenter significativement l’ONDAM médico-social. 

Il vous appartient de mettre en œuvre les arbitrages budgétaires nécessaires car, contrairement à ce qui a pu être dit, la France, pays riche, peut et doit proposer un accompagnement digne à ses ainés. C’est simplement une question de volonté politique.

Donc, Madame, Messieurs, arrêtez de procrastiner !