Journée nationale de formation du 15 octobre 2019, une édition vivifiante

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Dans cette Tribune libre, Christian QUEYROUX, chargé de mission au CHFO, revient sur les apports de la troisième journée nationale de formation des directeurs organisée par le CHFO. Il souligne l'intérêt des exposés et des débats sur les pratiques actuelles du management, et sur leur impact sur les structures, les métiers et les personnes. Il les croise avec son expérience dans l'accompagnement de collègues en difficulté.

"Un paradoxe n'a de valeur que s'il n'en est pas un. »

 Fernando Pessoa

Le syndicat des Cadres Hospitaliers Force Ouvrière organisait le mardi 15 octobre sa troisième journée de formation nationale des directeurs et plus globalement des acteurs du management. Félicitations au comité d’organisation mobilisé durant plusieurs mois pour mettre sur pied cette journée  d’une intensité remarquable.

A partir de la question « La santé malade de la gestion (managériale) ? », Vincent De Gaulejac Professeur émérite à l'université Paris 7 a longuement éclairé le sujet de visions plutôt sombres mais que l'on peinait à qualifier d'excessives et d'une conclusion annoncée comme optimiste mais à peine moins inquiétante parce que crédible.

Ce qu'il a fait valoir des conséquences de la mondialisation du capitalisme, du new public management avatar du new management testé dans le privé, des nouvelles technologies et de leurs applications envahissantes, et surtout du règne de plus en plus étendu de l'injonction paradoxale qui rend « malade » les hommes qui y sont exposés, ne peut que renforcer nos certitudes que la vigilance doit être accrue, que la lutte contre ces dérives fait partie intégrante des missions des organisations syndicales et de la nôtre.

Le plateau composé par les responsables de cette journée comportait ensuite toujours sur ce même thème deux interventions qui ont apporté des éclairages différents. Ce fut tout d’abord celui de Robert Holcmann collègue directeur d'hôpital mais également universitaire :  en regard de la crise vécue par les personnels hospitaliers, à commencer par les cadres pris en tenaille entre des démarches qualité toujours plus rigoureuses et des moyens contingentés, il a souligné les comparaisons internationales qui attestent du niveau élevé des ressources allouées au secteur hospitalier en France, et de leur dispersion, et donc la légitimité de la question des transformations et réallocations.

Danielle Toupillier libérée récemment de sa charge de directrice générale du C.N.G. nous a confié les derniers éléments de mesure de l'état d'esprit de nos collègues glanés dans une enquête auprès d'un panel significatif de directeurs et directeurs adjoints. Elle a insisté sur le sens de leur action comme élément essentiel mis en avant pour justifier de l'engagement du plus grand nombre et a constaté que quand le sens manque ou que les conditions d'exercice rendent son appréhension plus difficile l'exercice devient difficile voire douloureux.

Elle n'a pas caché, qu'avec la diminution très importante des postes de chef d'établissement et la mise en place des GHT  et leur renforcement, le métier que nous avions exercé et qu'elle avait accompagné depuis 12 ans au C.N.G. n'allait plus exister en tant que tel et que les nouveaux entrants dans la carrière devaient apprendre un nouveau métier.

Le secteur médico-social n’était pas en reste avec une présentation argumentée du rapport issu de la concertation Grand Agé par M Dominique Libault, pilote de la mission. L’enjeu de la dépendance et d’une loi Grand Âge annoncée est décrit comme indispensable à notre société avec une obligation de résultat politique, sans oublier le caractère urgent et salutaire de plusieurs mesures notamment au profit des EHPAD et des services à domicile, engagés dans une dimension de solidarité évidente. Il n’empêche qu’à l’aune des priorités attendues en la matière, assurer aux ainés une dignité une sécurité des soins et d’accompagnement exigera sans doute des transformations et changements où les Directeurs du social et du médico-social comme du sanitaire auront non seulement un rôle à tenir mais aussi une  responsabilité  accrue.

Cette évolution inéluctable a été également un élément central de la table ronde de l'après-midi qui a réuni Claude Evin, ancien ministre, Edouard Couty médiateur national, Pascal Garel, directeur général de la fédération européenne des hôpitaux, et Danielle Toupillier.

Pour le chargé de mission « soutien aux collègues en difficulté » que je suis, ces échanges n'ont fait que confirmer de façon construite et éclairante des constats établis que j'ai pu faire au fil des dossiers traités depuis bientôt 3 années dans le cadre de cette mission portée par le CHFO.  Constats qui collent aux motifs des difficultés rencontrées et notamment à cette injonction paradoxale du toujours mieux avec toujours moins ; elle semble donner une dimension « pathologique » aux réalités du management des directeurs ou des cadres qui n'ont pourtant rien de psychopathes ; mais confrontés eux-mêmes à ces demandes contradictoires ils n'arrivent plus à remplir leurs objectifs fixés d'en haut malgré les difficultés qu'ils vivent et parfois sèment autour d'eux.

Le renforcement du contrôle des individus au travail à travers le processus « objectifs, évaluation, gratification » et les inquiétudes quant à l'avenir semblent aussi avoir une conséquence sur la capacité des collègues confrontés à de telles situations à oser réagir, à se faire accompagner et  se défendre.

En tout cas, si j'en juge actuellement par le nombre limité de dossiers nouveaux qui me sont transmis, et sauf à courir le risque d'une satisfaction béate selon laquelle notre action aurait rendu les managers plus « humains » et moins « paradoxants », force est de constater que la résignation semble s'installer.

Cela ne doit bien sûr en rien réduire notre vigilance bien au contraire et pour finir sur une citation qui s'appliquait bien lors de ce séminaire à des bataille de chiffres comme l'a écrit Alfred Sauvy dans un cours : « Les chiffres sont comme les hommes, sous la torture ils avouent ce qu'on veut qu'ils avouent »

Christian QUEYROUX                                            
Chargé de mission
CHFO