CAPN DH du 6 avril 2021 : L’APRES CRISE, PARTIE REMISE ?

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​​​​​​​La Commission administrative paritaire nationale des directeurs d’hôpital se réunit ce mardi 6 avril pour examiner des situations individuelles de collègues (recours sur évaluation, recherches d’affectation).

La déclaration liminaire des représentants CHFO

Cette CAPN se réunit à un moment où la disponibilité d’esprit de nos collègues est proche du zéro absolu, tant la pression de la troisième vague épidémique est forte sur nos établissements. Même la participation à cette instance est difficile pour nous en cette période.

Les difficultés pour faire face sont permanentes depuis des mois et elles vont aujourd’hui en s’accroissant. Les renforts invoqués le 31 mars pour parvenir à armer 10000 lits de réanimation sont très théoriques. En réalité, la réponse aux besoins de soins critiques pour les patients COVID ne va être possible que par un mouvement massif de déprogrammation d’autres soins. Des choix ont été faits, qui ne laissent plus le choix à nos équipes.  

Les applaudissements évanouis ont été évoqués par plusieurs, et nous voulons absolument empêcher que prospère l’idée d’un hôpital contre l’économie, contre la liberté, contre la société. Ce qui est mis en œuvre aujourd’hui, ce qui devra être amélioré demain, ce n’est pas pour protéger l’hôpital mais pour protéger des vies humaines.

Nous n’avons plus le temps de la polémique, nous demandons pour l’avenir que l’impact sanitaire de ces choix soit analysé en toute indépendance, et que des méthodes alternatives d’adaptation de notre système de soins soient réfléchies.

Pourtant aujourd’hui, nos craintes sont grandes de voir l’après crise tourner à la méprise.

On pourrait appeler à l’indulgence en considérant que tout le monde est actuellement mobilisé sur la gestion de crise. Mais les mois qui viennent de s’écouler ont montré qu’il restait du temps à certains pour tantôt poursuivre des actions illustrant la persistance des vieux réflexes, tantôt s’occuper de la carrière de tel ou tel, tantôt perpétrer de nouveaux coups bas démobilisateurs pour les cadres hospitaliers dans leur ensemble ou les DH en particulier.

Des travaux confus et insécurisants sur la gouvernance

Sur le plan de l’organisation et de la gestion de nos établissements, nous avons ainsi à déplorer des travaux confus et insécurisants sur la gouvernance. Nos collègues Directeurs des soins s’en souviendront longtemps et savent pour la suite qu’il y a loin des bonnes paroles aux actes. Le résultat s’annonce complexe et compte tenu des conditions d’élaboration de la partie législative, nous demandons encore une confirmation des arbitrages sur les textes réglementaires.

Une mise en œuvre gâchée du protocole SEGUR

Sur la mise en œuvre du protocole carrières et rémunérations, nous déplorons ce jeu du chat et de la souris qui dure depuis des mois sur le périmètre de mise en œuvre du CTI. D’un côté on fait les louanges de la coopération entre le sanitaire et le médicosocial, on signale l‘urgence de restaurer l’attractivité des métiers, et de l’autre on crée des écarts incompréhensibles entre services ou établissements voisins. Voilà comment on aboutit à un mot d’ordre de grève pour demain 8 avril, alors que tout cela aurait dû être du positif. Et l’inquiétude grandit de ne pas connaître le retour des arbitrages sur les négociations pour les catégories A, comme si la signature de notre ministère était sous curatelle.  

Nous déplorons aussi les efforts déployés pour rendre opaque le financement du protocole en 2021. Pourquoi rendre encore plus illisible la tarification, alors que la réalisation des activités est complètement perturbée et que le système doit profondément évoluer ?

Non vraiment, il faut prendre la mesure de la crise que nous connaissons, il faut tomber les vieux habits, quitter les vieux réflexes.

Pour les cadres hospitaliers qui doivent piloter les établissements il faut des signaux positifs et mobilisateurs. Nous pouvons en citer quelques-uns :

  • Plutôt que de regarder s’effriter le nombre de postulants au concours, nous demandons que le ministère et le CNG accompagnent l’ouverture des inscriptions la semaine prochaine par une campagne active et positive sur les perspectives de nos métiers, et que des actions concrètes soient engagées pour améliorer la situation des élèves à l’EHESP.
  • Plutôt que de discuter de lignes directrices de gestion sinueuses, nous demandons que s’ouvre la discussion sur la stratégie RH pluriannuelle du ministère pour les directeurs, sur les effectifs, la définition des emplois, les perspectives dans les GHT, etc.
  • Plutôt que de décider de mettre en minorité les personnalités qualifiées au sein de l’instance collégiale pour l'accès aux emplois supérieurs, nous demandons que soient favorisés la co-construction des décisions, le respect de l’impartialité et la prévention des conflits d’intérêt.
  • Plutôt que de passer toute décision statutaire à la toise du versant étatique, nous demandons que la réalité de l’hôpital et des parcours hospitaliers soit prise en compte pour la promotion à la hors classe.

Tout cela est simple mais concret, et ne peut s’accommoder de quelques réponses lénifiantes.

Ajoutons, puisqu’il est question d’évaluation lors de cette CAPN, que nous demandons un bilan rapide de la campagne 2020, et que nous n’admettrons pas, quelles que soient les difficultés de l’exercice, qu’une ARS décrète une année blanche pour les directeurs précisément cette fois.

Il y a des signaux qui ne peuvent tromper.