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Métiers du social et du médico-social : des annonces à décoder !

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Annoncée initialement pour janvier, la "Conférence des métiers de l'accompagnement social et médicosocial" s’est tenue ce vendredi 18 février 2022. La Conférence, au-delà des nombreuses attentes, se déroulait sur fond de scandale ORPEA et en l’absence durant le quinquennat d’une grande Loi autonomie.

Une crise d’attractivité aigüe

Le secteur social et médico-social public souffre d’un manque de personnel, amplifié par l’absence de revalorisation financière par rapport à d’autres acteurs de santé.

Face au constat d’une « crise d’attractivité importante » et « aggravée » par la crise sanitaire, le Premier Ministre avait fait savoir dans un communiqué du 29 décembre 2021, la volonté de l’exécutif de « fixer un cap et une méthode partagés entre l’État, les départements et les partenaires sociaux, […] dans la durée, en faveur de l’attractivité, pour être au rendez-vous du niveau d’ambition qu’attendent les professionnels, nos concitoyens et leurs proches ». Le chef du Gouvernement prévoyait à ce titre de réviser « en profondeur » les conditions d’exercice des métiers, le déroulement des carrières et de moderniser les classifications et les grilles salariales. Les propositions doivent être présentées en avril 2022, en lien avec les acteurs concernés et l’Assemblée des Départements de France (ADF).

Inégalités face au SEGUR, un oubli qui sert les intérêts des Départements ?

Le Ségur de la Santé a créé une iniquité historique au sein même de la Fonction publique hospitalière, une situation intenable pour les directeurs de structures, qui a provoqué des départs vers les structures sanitaires ou les EHPAD, et asséché les recrutements. Le CHFO a régulièrement dénoncé cette injustice.

Le Premier Ministre a annoncé l’extension à « tous les professionnels de la filière socioéducative, […], nous l’espérons, dès le 1er avril prochain ». Le surcout sera supporté aux deux tiers par l’État et un tiers par les départements. Il est impératif que les revalorisations soient réelles et surtout immédiates. Le CHFO restera mobilisé pour signaler la régularisation des « nouveaux oubliés » d’une énième extension, en l’absence de généralisation du dispositif.

Dans son discours de clôture le Premier Ministre a justifié le statut des « oubliés » du SEGUR par « le résultat de l’éclatement du secteur, qui multiplie les statuts d’emploi, les structures, les employeurs, … Et de toute cette complexité naissent les oubliés ». Cette explication ne doit pas devenir le prétexte pour un transfert du bloc social et médico-social dans les compétences départementales. Récemment certains départements avaient pris l’initiative de verser 183€ à des professionnels « oubliés ». Cette générosité, tardive, ne doit pas masquer les prémisses des différences de moyens entre les Départements et le reflet d’une aggravation évidente des inégalités territoriales.

Les leviers annoncés sur l’attractivité des métiers

Le Premier Ministre a bien sûr rappelé lors de cette Conférence, les différentes réalisations du gouvernement durant le quinquennat, dont la création d’une 5ème branche de sécurité sociale par ordonnance du 01er décembre 2021. Il a souligné « l’investissement [financier] massif ». Le Premier Ministre a ensuite reconnu l’importance du rôle des professionnels qualifiant leurs interventions de « vigie de notre République sociale ». Il a souligné que « le sens de leur métier au quotidien, un métier fait d’engagement et de relation humaine, n’est pas reconnu à sa juste valeur », reprenant le concept « d’invisibles » évoqué plus tôt dans la matinée par le Ministre des Solidarités et de la Santé.

Le Gouvernement a annoncé la revalorisation salariale de tous les professionnels socio-éducatifs. L’Etat consacrera 120 millions d’€ sur 3 ans, pour la formation professionnelle et la validation des acquis de l’expérience (VAE). Un plan d’amélioration de la qualité de vie au travail est programmé avec 15 millions d’€ dédiés ainsi que des aides de la branche AT/MP. Un pan des annonces concernait naturellement la question de la négociation des conventions collectives attendue par le secteur associatif. Autre annonce en clôture de Conférence, l’installation d’ici avril 2022 d’un « Comité des métiers socio-éducatifs », qui organisera le pilotage « resserré de la bonne mise en œuvre d’un agenda ambitieux pour ces métiers ».

Les pouvoirs publics disent avoir conscience des “graves difficultés auxquelles se confrontent tous les secteurs du champ sanitaire, social et médico-social pour constituer et stabiliser leurs équipes aujourd’hui“. Mais le mystère subsiste pour relever le défi de l’attractivité d’un secteur en souffrance, où les risques de rupture dans la continuité des accompagnements sont réels. Le Premier Ministre laisse le soin aux travaux menés par le Haut Conseil du Travail Social, qui suivra la Conférence, pour jouer le rôle « d’aiguillon majeur ».

Un lien évident avec les mutations du secteur

L’attractivité ne se résume pas seulement à la question salariale, c’est aussi une question de qualité de vie au travail. Le secteur social et médico-social, comme d’autres acteurs publics, fait face aux injonctions paradoxales. Exemple, le moratoire sur les départs en Belgique alors qu’en parallèle peu de places sont créées. Les professionnels du secteur sont frustrés par les situations sans solutions et les listes d’attentes à rallonge. Ils voient leurs tâches administratives et de reporting croitre au détriment du temps de prise en charge. Le secteur aspire à un choc de simplification administrative pour renforcer son attractivité.

Le Premier Ministre a insisté sur la nécessité d’une rénovation des méthodes de la concertation sociale dans le secteur. Mais il n’a pas abordé d’autres chantiers déjà en cours (habitat inclusif, communauté 360,…), qui impactent le cœur des métiers et donc l’attractivité du secteur. Le secteur social et médico-social a conscience de la nécessité d’évoluer tant au regard des populations qu’il accompagne que du contexte socio-économique dans lequel il interagit. Le renforcement de la notion d’autodétermination des personnes en situation de handicap est reconnu. Il implique nécessairement une révision des organisations de travail en place et des modalités d’intervention actuelles. Pour un public souvent confronté à l’absence de choix, l’autodétermination ne se décrète pas, elle se construira. L’évolution doit se faire en tenant compte des droits des personnes accueillies, de l’adaptation de l’outil et des besoins de formation du personnel.

Les attentes des professionnels comme des pouvoirs publics sont conséquentes. La Conférence corrige certains oublis mais ce n’est pas l’acte fondateur d’une vision d’avenir du secteur. Le sentiment d’absence de considération, voire d’abandon trop longtemps prégnant, ne peut être effacé aussi aisément. Le secteur a trop souffert de vaines promesses. Pour lutter contre cette crise d’attractivité, il s’agira de montrer et de démontrer que ces métiers sont indispensables à la cohésion nationale. La qualité de vie au travail et les conditions d’exercice du secteur sont autant de leviers qu’il conviendra de repenser. 

Le CHFO appelle à la vigilance pour que le social et le médico-social public ne sorte pas du giron de la Fonction Publique Hospitalière.

Le CHFO défend l’unicité statutaire des directeurs pour préserver un service public de santé fort et au service de nos concitoyens.

Le CHFO exige la généralisation effective du SEGUR pour tous.

Pour en savoir plus :

 
  • Le rapport remis par Denis PIVETEAU le 15 février 2022 : consulter ici

 

  • Le discours du premier ministre en clôture de la conférence : consulter ici

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