CCN du 15 mais 2018 : Un ordre du jour en décalage avec la gravité des problèmes du secteur hospitalier

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A l’heure où certains dénoncent l’hôpital bashing, l’EHPAD bashing … bref le service public hospitalier bashing, alors que d’autres pointent le « blues des directeurs d’hôpital » dans un grand quotidien national, le CH-FO refuse de s’inscrire dans ces postures victimaires et réaffirme fermement son opposition aux politiques de santé mises en œuvre par tous les gouvernements qui se sont succédés ces dernières décennies.

Non, l’hôpital ne coûte pas trop cher ! Non, les EHPAD publics ne sont pas mal « managés » ! Non, le personnel hospitalier n’est pas pléthorique ! Non, les Directeurs ne sont pas responsables des conséquences des politiques malthusiennes que nos gouvernants ont institué comme l’alpha et l’oméga des budgets alloués à la santé de nos concitoyens.

Tout ceci est l’unique responsabilité de celles et ceux qui, depuis trop longtemps, prônent une soi-disant maîtrise des dépenses de santé à travers le seul prisme de la réduction de l’offre de soins et qui ont imposé une tarification à l’activité … dans une enveloppe financière fermée.

Certes, certains objecteront que cette règle, qualifiée unilatéralement de « vertueuse », a bénéficié à quelques établissements. Dont acte ! Combien de « gagnants » ? Combien de « perdants » ? Qui a gagné ? Qui a perdu ? Quelles conséquences pour les usagers ? …

Et, dans le secteur des personnes âgées, comment ne pas s’élever contre les propos de la Ministre quand elle affirme que la France n’a pas les moyens de renforcer l’encadrement à la hauteur des besoins remontés par les acteurs de terrain.

Cela fait désormais une cinquantaine d’années, depuis le rapport Laroque de 1962, que l’ensemble du secteur dénonce l’insuffisance des moyens alloués, insuffisance qui croît avec les gains d’espérance de vie et l’augmentation de la grande dépendance.

La situation du secteur institutionnel est à tel point préoccupante que les Parlementaires, quelle que soit leur obédience, sortent peu à peu d’un silence coupable et demandent, encore trop timidement à notre goût, de revoir la politique pratiquée.

Il est temps aujourd’hui que chacun, à sa place et à sa fonction, assume sa part de responsabilité.

Le Politique en premier lieu ! La France est un pays riche, qui peut et doit assurer à ses administrés un accès à des soins (au sens large) de qualité. Le CH-FO rappelle à Madame la Ministre que le Budget (avec une majuscule) est la traduction de choix politiques et qu’il appartient au Gouvernement, avec le Parlement, de procéder à des arbitrages qui préservent et renforcent le secteur public hospitalier, pilier du service public.

Pour l’hôpital, cela revient à sortir sans tarder de cette politique mortifère qui peu à peu transforme des pans entiers du territoire en déserts médicaux, qui conduit les différents acteurs à rechercher sans cesse des gains de productivité aux dépens de la qualité des soins et de la santé au travail des personnels, qui expose les cadres dirigeants à des accès schizophréniques du fait d’injonctions paradoxales quasi permanentes.

Pour le secteur médico-social, cela revient à entendre les besoins des acteurs du terrain et à mettre un terme progressivement à la maltraitance financière qui caractérise ce secteur d’activité depuis trop longtemps, maltraitance financière en grande partie responsable de la maltraitance « institutionnelle » subie par trop d’usagers. Et, à ce sujet, précisons qu’il ne sert à rien, si ce n’est à placer les professionnels dans des situations préjudiciables à leur équilibre psychologique, de prôner et porter des recommandations de bonne pratique professionnelle que les intéressés seront souvent dans l’incapacité de mettre en œuvre, faute de temps et de compétence disponibles.

Madame la Présidente, le secteur a ces dernières semaines montré son exaspération et sa détermination à faire évoluer ces différents constats.

La mobilisation des acteurs a été importante (jusqu’à 30% de grévistes dans certaines structures) dans des secteurs d’activité qui, jusqu’à présent, étaient plus habitués à « courber l’échine », préoccupés par le service à rendre coûte que coûte à l’usager. De même, un certain nombre de responsables d’établissements, voire des chefs, a également participé à ces mouvements.

Les circulaires budgétaires récentes ne nous donnent pas le sentiment d’avoir été entendus. Le Gouvernement reste arc-bouté à sa politique « de rigueur », qui se traduit par des efforts supplémentaires insupportables demandés à des acteurs déjà exsangues. Et ce ne sont pas les quelques mesurettes à destination du secteur médico-social qui pourront satisfaire les acteurs de terrain.

Tous les signaux sont au rouge : l’absentéisme des personnels est au plus haut, les situations avérées de « burn out » se multiplient, les incidents de « prise en charge » sont régulièrement dénoncés dans les médias … bref, l’explosion « sociale » est pour demain … et les Directeurs que nous sommes ne pourront, voire ne voudront, en aucune manière contenir encore longtemps la colère qui monte.

Quant au point inscrit à l’ordre du jour de la séance, il n’appelle pas de notre part d’observation particulière, si ce n’est qu’il ne devrait pas non plus donner lieu à des échanges passionnés.